Maintenant Priorité au Développement

Et si on se mettait à faire du développement économique au lieu d’enfoncer le pays dans la politique politicienne ?


La question du développement économique, depuis les révolutions industrielles, est l’enjeu politique par excellence  qui prédomine sur tous les autres. Les Etats qui ont réussi leur décollage économique sont ceux qui ont mis cette question au centre de l’action politique. Depuis 1705 et la création de la machine à vapeur par le britannique Thomas Newcomen, la question n’a cessé de préoccuper les Etats. D’aucuns agissent, d’autres ne font qu’en parler. Nos gouvernements successifs nous parlent beaucoup des accords et des aides qu’ils obtiennent au nom et en faveur du développement, de la croissance et de la lutte contre la pauvreté. En revanche, ils agissent peu pour le promouvoir.

Le Colonnel AZALI qui préside aux destinées de l’Etat comorien et par conséquent premier acteur levier du bien-être et du progrès de la Nation comorienne a prêté serment le 26 mai 2016 et promis – entre autres – de relever l’économie nationale, le coran à sa main droite.

Depuis, aucune parmi les grandes priorités en terme de politique publique impactant le développement économique n’a été mise au centre de l’action de l’Etat.

A l’inverse, seules les réformes institutionnelles suscitent un grand intérêt aux yeux du Chef de l’Etat depuis 27 mois aux manettes des affaires comoriennes. Deux ans pour aboutir à ce que d’aucuns appelleront un progrès indispensable :

transformer la cour constitutionnelle en cour suprême sans même en définir le mode de désignation des membres, ni même son fonctionnement. Je rappelle que le mode de désignation des membres de cette cour était constitutionnel selon la constitution de 2001 articles 37 et 38. Cette fois, selon la nouvelle constitution, la désignation tombe dans le domaine de la loi. Peut être du décret ?
Alourdir et allonger le temps de la Tournante, donc de l’alternance entre les Îles en s’octroyant la possibilité de rester Président encore 10 ans, ce qui fera un total de 20 ans à la tête de l’Etat comorien si le dessein se réalise.
Ces deux principaux acquis de la reforme constitutionnelle du 30 juillet 2018 sont ils à la hauteur des attentes des comoriens vis à vis du Président qu’ils ont élu en 2016 ?

Pire, une campagne électorale pour une présidentielle va bientôt démarrer pour trouver son épilogue probablement en avril-mai 2019. Que du temps perdu pour l’Economie, pour le progrès social, pour l’emploi, pour la santé publique et pour la lutte contre la pauvreté.

Or, nous le savons, ne serait-ce qu’en observant nos voisins, le développement ne se décrète pas. Il est pensé, conçu, planifié, avec des objectifs atteignables, des moyens réalistes. Bref, il se réalise avec des projets concrets. L’Etat a déclaré « un plan d’action prioritaire » et une stratégie de croissance accéléré de développement durable (SCA2D).

Certes, le plan a le mérite d’exister et de prendre en compte les objectifs de développement durable (ODD) à l’échelle de l’économie mondiale . Il a surtout le mérite, à mon avis personnel, d’intégrer 3 axes pouvant servir de moteurs au développement. Cependant, il faudrait agir pour cela – de façon encore plus volontariste - dans les secteurs comme la transformation agroalimentaire, la pêche et le commerce des produits de la mer, ou bien encore le tourisme. 

Ces trois secteurs ont en commun quatre facteurs stratégiques importants pour le développement d’un pays comme le notre dont les ressources sont faibles mais existent:

l’activité dans les 3 secteurs va dans le sens de la production locale des richesses, et répond par conséquent à la stratégie de croissance voulue par le SCA2D.
le savoir-faire et la technicité dans ces 3 secteurs sont à la portée des travailleurs comoriens. Nul besoin de compétences extérieures. Des actions de formation internes suffiraient.
les investissements ne sont ni trop lourds ni à risque
surtout, tous sont générateurs d’emplois et contribueraient à réduire la pauvreté en réduisant le chômage.
Alors qu’est-ce qui fait défaut dans la SCA2D 2015 -2019 qui a bien intégré les trois secteurs que j’ai pris en exemple ?

Ce sont des politiques publiques concrets inspirées par une administration imaginative, éprise de l’intérêt collectif. Depuis 2010, démarrage du plan prioritaire et du SCRP, aucune politique concrète n’a été engagée pour développer le tourisme, pas un établissement pour remplacer le Galawa. Nulle initiative pour amorcer un tourisme intérieur. Nous n’avons toujours pas une politique cohérente des transports aériens fiables et secure permettant le tourisme international.  Aucune action pour encourager l’activité de la pêche afin de pouvoir en exporter les produits. Quid pour la production vivrière et les potentialités de transformation agroalimentaire.

Pourtant ça n’est pas le marché qui ferait défaut et ce n’est sûrement pas la qualité qui manquerait à nos jus de goyave, de tamarin, de mangue et de corossol que l’Europe et l’Amérique nous achèteraient comme « des petits pains ». Un véritable développement est celui qui conçoit d’abord la production des richesses localement.

Notre économie est trop basée sur l’importation des produits de consommation courante. Pour décoller, il faut produire. Il faut de la croissance forte, et nous stagnons dans une croissance molle. Cela n’est pas un rêve. Produire des services et des prestations touristiques, transformer nos fruits, nos poissons et nos fruits de mer pour le marché intérieur et pour l’exportation, est à notre portée. Il faudrait pour cela arrêter d’attendre les seuls investissements extérieurs. Faisons-nous confiance et comptons d’abord sur nous même. Sur nos propres ressources. Actionnons les leviers qui sont à notre disposition. Nous avons un tissu bancaire et une diaspora dont les ressources pourraient nous permettre de doper nombres d’investissements productifs.

Le petit domaine hôtelier, - « Le domaine du Lac » - modeste mais somptueux construit sur les hauteurs du «lac salé » à Bangoi-Kouni est un parfait exemple d’un investissement comorien par excellence. Un parfait exemple d’un savoir-faire comorien aussi.

Et surtout, qu’une politique de marketing territorial pour le tourisme comorien voit enfin le jour pour mettre à l’évidence du monde l’attractivité de nos joyaux naturels comme le font si bien nos voisins directs.

Que l’Etat actionne les leviers nécessaires pour promouvoir d’autres sites de notre patrimoine touristique par exemple devant le parc marin de Mohéli, dans la baie de Chindini, et de Chomoni, sans attendre des millions de pétrodollars.

Enfin, nous savons produire d’excellents jus de fruits dans nos restaurants. Qu’est ce qui nous empêche de passer à la vitesse de la production en série ? Cela ne demande pas des moyens colossaux, il faut surtout y croire et croire en nos capacités propres.                                                                               

SAID HALIFA