Eclaircissements nécessaires à l’endroit du Cabinet du Ministre des Finances

Je ne me hasarderais pas à commenter ce que le Cabinet du Ministre des Finances qualifie de certains errements de ses prédécesseurs. Je laisse les personnes concernées y répondre si elles disposent de cette capacité.

Et je me concentre sur le détail fourni par le Cabinet du Ministre concernant les prêts pour corriger les contre-vérités.

Le ministère des Finances nous informe que le gouvernement avait contracté un prêt pour l’achat de 9 groupes électrogènes et ainsi permettre le retour permanent de l’électricité.
Primo : Mais je me permets de rappeler au Ministère des Finances qu’il s’agissait de 13 groupes électrogènes au lieu de 9 qui auraient été achetés et sur fonds propres et donc, n’ont pas fait l’objet de prêt (Voir Mensuel de l’Economie N°3 Décembre 2016 la déclaration du VP chargé de l’énergie).

Secundo : le Ministère nous parle d’urgence pour justifier le non-respect de la loi. Rappelons-lui qu’il existe des procédures légales d’urgence dans le processus de passation des marchés.

Mais pourrait-il nous aussi nous justifier l’urgence dans l’attribution des marchés suivants sans respect de la loi :

               -Route de Koimbani-Rondpoint Chomoni à Ngazidja

               -Route d’Iconi-Moindzaza à Ngazidja

               -Rues de Domoni à Anjouan

               -Travaux de maintenance de la piste aéroport de Hahaya

Tertio : Le Cabinet du Ministère des Finances nous informe que « CBE aurait coulé » « sans l’achat de ces groupes ». Notre ministère de tutelle ne nous connait que pour payer nos impôts semble-t-il. Il faut donc que je lui dise que CBE est entièrement autonome en production d’énergie depuis sa création en 2005.

En référence à Al-Watwan du 11 juillet 2018, le gouvernement comorien aurait contracté auprès de la TBD un emprunt pour la construction de l’hôpital El Maarouf de 15 milliards de francs comoriens soit à peu près 30 millions de dollars. Ce qui n’est pas orthodoxe dans cet emprunt c’est le taux d’intérêt de 7.8% qui est plus du double du taux moyen classique d’emprunts des Etats.


Je voudrais clarifier un non-dit du cabinet du ministre des finances en parlant du prêt de Comores Telecom auprès d’EximBank China en disant qu’il ne s’agissait pas d’un prêt direct de l’Etat Comorien. En effet. Mais notre dette extérieure s’entend par la somme de la dette directe de l’Etat Comorien et la dette des entreprises publiques garanties par l’Etat.


Enfin permettez-moi de donner plus de précisions puisque le cabinet semble vouloir nous noyer dans des considérations très techniques en parlant du dernier rapport du Conseil d’Administration du FMI au sujet de la dette.

En 2017, la dette extérieure du pays était de 192 millions de dollars dont 77 millions auprès de créanciers multilatéraux tel que le FMI et 115 millions de dollars auprès de créanciers bilatéraux dont 112 millions de créanciers hors Club de Paris. Ceci avant les 30 millions de dollars d’El Maarouf (12,5 milliards FC), 80 millions de dollars de Comores télécom (34 milliards de FC) et 3 ou 4 millions de dollars pour la rénovation de la piste de l’aéroport.

Et faisant référence justement à ce rapport du Conseil d’Administration du FMI parlant de la viabilité de la dette, le FMI dit les choses suivantes :

« Le risque de surendettement extérieur des Comores demeure modéré…

       Et … à défaut de mesure corrective la trajectoire forte ascendante de la dette extérieure pourrait devenir intenable ».

« …tout nouvel emprunt devra être exclusivement assorti de condition concessionnelle ».

« Dans ces circonstances, la situation indique qu’un scénario avec de grands projets d’infrastructures financés à la fois par des emprunts concessionnels et des emprunts non concessionnels aggraverait considérablement les perspectives de viabilité de la dette comorienne. »

Mes inquiétudes sont bien fondées, Messieurs du Ministère des Finances.

De plus, le Ministère nous parle de « nouveau prêt concessionnel ». Espérant que le Cabinet du Ministère sait de quoi il parle car le caractère concessionnel d’un prêt se mesure à partir de son « élément don ». Et pour des pays comme le nôtre un prêt est réputé concessionnel si cet élément don est d’au moins 35%. Ceci est-t-il le cas pour le nouveau prêt de Comores Télécom? Pour l’emprunt à la TDB, je doute fort de son caractère concessionnel.

Juste à titre d’alerte à l’adresse de nos autorités car c’est aussi mon devoir.

Une information d’African Daily Voice en date du 20 décembre 2018, repris par le Magazine Courrier International publié en date du 28 décembre 2018 a informé que pour se rembourser d’un prêt, la Chine pourrait s’emparer du Port de Mombasa.

Le prêt en question auprès d’EximBank China, d’un montant de 500 milliards de shillings kenyans, soit 4,3 milliards d’euros, a servi à financer la construction de deux tronçons de la ligne ferroviaire entre Nairobi et Mombasa. Si ce scénario se confirme, le Kenya ne sera pas le premier pays à devoir céder la gestion de certaines de ses infrastructures après s’être endetté auprès de la Chine.

Le Sri Lanka n’a eu d’autre choix, en décembre 2017, que de remettre les clés de son port de Hambantota à Pékin. En septembre 2018, la Zambie a perdu le contrôle de son aéroport international Kenneth Kaunda ainsi que de son réseau électrique.

Quand la Directrice Adjointe du département de l’information du Ministre des Affaires Etrangères de la République de Chine soutient : « La Chine doit confisquer toute les ressources significatives pour voir leurs prêts remboursés ».

Alors mon alerte prend tout son sens :

et pour la dette extérieure
et face à une nouvelle forme de perte de pans de souveraineté au bénéfice de banques privées chinoises tout simplement par manque de professionnalisme et de sérieux.
Mon intervention est une mise en garde pour ne pas précipiter la déjà faible économie du pays et hypothéquer avant son démarrage notre développement.

Mahamoudou Ali Mohamed

Moroni le 29 décembre 2018