BCC: faciliter les investissements

Trouver des solutions pour faire tomber les barrières liées aux banques et aux investissements. Trouver un juste milieu entre banque et client pour un partenariat gagnant gagnant. Une feuille de route sera mise en place pour l’amélioration des investissements dans le secteur privé. C’est le résultat de 6 mois de travaux initiés par la Banque Centrale des Comores. Si l’initiative est saluée, il est difficile de croire à la seule bonne volonté compte tenu de la conjoncture actuelle.

Comment améliorer les investissements en faveur du secteur privé? C’est la problématique qui a occupé la Banque Centrale des Comores pendant 6 mois. L’approche était de réunir le secteur privé, les Banques, les opérateurs, les investisseurs et la diaspora pour trouver des solutions, formuler des recommandations qui constitueront une feuille de route, pouvant servir de plan d’investissement aux Comores.

Ce samedi 09 février les secteurs des finances privés, opérateurs, banques et investisseurs se sont réunis à la BCC pour débattre des recommandations faites.

C’est un atelier de restitution de l’étude sur «l’optimisation du financement de l’économie en Union des Comores».

S’il y a un secteur qui a du mal à accroître, c’est le secteur privé. Les contraintes sont nombreuses, particulièrement lorsqu’il s’agit de la disponibilité des investissements. Les banques comoriennes sont devenues «réticentes à accorder des prêts aux investisseurs» explique le Gouverneur de la banque centrale Ben Imane. Pourtant, l’inverse est pourtant vrai, même s’il est paradoxal. Des porteurs de projets ou des investisseurs qui voudraient se développer hésitent à emprunter auprès des banques à cause des taux élevés de remboursement . La méthode que préconise la banque centrale est de «trouver un moyen dans l’entre deux. Comment améliorer les conditions, et faire en sorte que et les banque et les investisseurs chacun trouve son compte».

Des projets qui fuient les Banques

Nombreuses ont été les recommandations faites sur comment réunir les ressources internes et externes pour rehausser le secteur privé et les investissements. Toutefois, certaines propositions se sont uniquement basées sur les banques comoriennes sur allégement des prêts. Il s’agit en effet selon le gouverneur de la BCC d’«améliorer le secteur en renforçant la transparence financière et faciliter les investissements en appliquant certains outils mis à la disposition tel que le crédit-bail». Néanmoins si le Gouverneur de la BCC fait cette recommandation, il est aussi au courant que les banques refusent pour l’instant d’appliquer cette loi parce qu’il n’y a«aucune garantie de retour sur investissement». Pourtant la Bcc en tant que régulateur se doit de faire appliquer la loi. Mais il n’en est rien.

Pour l’Union des Chambres de Commerce de l’Industrie et de l’Artisanat, il serait mieux d’avoir «un partenariat stratégique au niveau international ou encore instaurer les Bourses de valeur et que tous les citoyens puissent prendre part. Ces moyens peuvent permettre d’ouvrir les investissements et assurer une viabilité des entreprises» propose Fakriddine Abdoulhalik, le secrétaire général.

Et d’autres de demander la mise en place par la Bcc d’une ligne de crédit moyens long terme via les banques privées avec des conditions attractives qui permettraient aux porteurs de projet de se positionner et espérer un financement.

Le Directeur des Sanduk de Mbeni ,Aboulatuf a plaidé, quant à lui, pour les institutions de micro-finance. Ces dernières n’ont en effet aucun bailleur de fonds. Pour lui, la «viabilité de ces institutions est importante. Cependant, elles sont menacées par le manque de bailleur pour les soutenir. Pourtant, elles font partie intégrante aujourd’hui du financement de petites et moyennes entreprises».

Said Ali de l’Union des Mecks trouve par contre que le secteur privé et particulièrement la Bcc manque d’innovation. Ici la vie est un éternel recommencement. Selon lui «plus de 10 ans que le débat reste le même «Outil de Transfert», pourtant rien ne change. Comment trouver les moyens pour que les jeunes aient accès au crédit?». «Les jeunes ont besoin de garantie pour entreprendre. Nous pouvons innover avec un système de filtre et de certification à l’exemple de la maison de l’emploi. Une sorte de recommandation qui permettra aux jeunes entrepreneurs d’avoir accès aux moyens financiers pour leur projet».

La Diaspora comme moteur

Si certaines propositions font appel à un partenariat, extérieur ou intérieur, et d’autres par le soutien des établissements de micro-finance. Beaucoup de participants préconisent comme moyens d’améliorer le secteur privé, la Diaspora comorienne. En effet elle est devenue incontournable pour la vie quotidienne des comoriens sur place. Et elle figure parmi les solutions de la «stratégie d’optimisation du financement de l’économie» élaborée par la Bcc.

La diaspora comorienne peut se révéler un atout pour améliorer les investissements et la création de nouvelles entreprises. En 2008 sont 45milliards qu’elle a transféré aux Comores. En 2017, le flux est évalué à 70 milliards. En 2018, selon un agent de la Bcc ce chiffre sera à la hausse pour atteindre 80 milliards. Toutefois, si certaines pensent que capitaliser cet argent, les associer peut devenir une solution, le Directeur de Sanduk régional de Ngazidja pense que seul «30% de cet argent pourrait être source d’investissement. Car les 70% sont départagés entre grand mariage, construction et études. Ces 30% restent non organisés. Pourtant ce pourcentage peut apporter quelque chose dans l’entrepreneuriat».

Un constat

Si plusieurs participants s’accordent à dire que la diaspora peut être un moteur pour booster l’économie comorienne, le constat qui met tout le monde d’accord, est que l’État se doit de donner des directives quant aux secteurs prioritaires d’investissements. Non seulement, mais il semble aussi urgent que les transferts d’argent de la diaspora soient restructurés. Qu’il y ait des représentants des banques comoriennes à l’extérieur ou une banque spécifique pour les comoriens qui vivent à l’étranger. Cela permettrait à ceux qui voudraient investir de sécuriser leur argent mais aussi d’avoir accès au crédit.

Le paradoxe comorien

Mercredi 13, c’est la date à laquelle les travaux de 6 mois seront restitués au président de la république. Toutefois, à chaque fois c’est le même numéro, acte, refrain. Investir dans le secteur privé, améliorer les conditions. Toute une batterie de textes juridiques qui finissent par jaunir dans les tiroirs de l’administration publique. Et qui des agents compétents ou non peuvent tout bonnement décider de ne pas appliquer le règlement ou au le faire à l’humeur.

Le gouverneur de la Bcc parle du crédit-bail que les banques refusent d’appliquer, le jugeant trop risqué, pourtant la banque centrale des Comores en l’occurrence son gouverneur est le régulateur, mais laisse faire au détriment de la création de petites et moyennes entreprises.

Pour construire un secteur privé fiable, la participation de l’État par les appels d’offre de marché publique est capitale, pourtant aux Comores le marché publique se gagne par d’autres moyens peu transparents.

L’amélioration des conditions, ainsi la confiance viendrait avec l’allégement des taxes ou des barrière douanière pourtant à chaque jour une nouvelle taxe, et la douane augmente à la vitesse grand V. Pire encore, les entreprises publiques font de la concurrence aux entreprises privées. Pour le président de l’uccia «le secteur public ne peut pas s’arroger le monopole, et décider à côté de faire de la concurrence déloyale au secteur privé».

Comment va-t-on arriver à l’émergence à l’horizon 2030 si l’État tue délibérément le secteur privé?

Par Hayatte Abdou