Drôle de guerre

Le Président Azali, accompagné par une délégation, s’est rendu à Anjouan le lundi 22 octobre, deux jours après la fin des affrontements dans la médina. Quel message veut-il faire passer après une drôle de guerre dont personne ne comprend les enjeux ni du côté des insurgés ni du côté de l’armée régulière ?

Le gouvernement communique très peu sur les événements qui se sont déroulés dans la médina la semaine dernière. Il se concentre sur la suite politique à donner. Si au niveau du bilan humain, il a annoncé deux morts du côté des insurgés et ne fait pas encore allusion même à des blessés du côté de l’armée, les questions demeurent nombreuses.

La première est arrivée dès les premiers jours : pourquoi l’intervention de l’armée a-t-elle duré si longtemps ? Comment une dizaine de rebelles armés ont-ils pu tenir face à une armée régulière pendant si longtemps ? Pourquoi y a-t-il eu besoin de faire venir dans l’île autant de militaires (réquisition des avions d’AB aviation) si l’armée ne rencontrait pas de difficultés ? Qui dirigeait les opérations sur le terrain ?

L’autre partie du questionnement concerne les rebelles. Qui sont-ils ? Que veulent-ils réellement ? Ils y ont répondu en partie si on en croit un communiqué qui leur est attribué. Ils demandent la libération des prisonniers politiques et le respect des Accords de Fomboni.

Enfin, la dernière partie du questionnement concerne l’après-crise. Même parmi les éléments de l’armée à Anjouan, l’interrogation est dans les esprits. Comment les rebelles ont-ils pu quitter la médina de Mutsamudu, entre jeudi et vendredi, alors que celle-ci était gardée par des militaires depuis plusieurs jours ? Où sont-ils passés ?

Au lieu d’essayer de répondre à cette question qui permettrait de savoir où se cachent à présent les insurgés, le gouvernement du président Azali ne répond pas et ne semble avoir que deux obsessions actuellement : la recherche des armes et mettre une autre personne à la tête de l’île. Alors, les militaires continuent à sillonner les rues de la médina et à provoquer une colère sourde des habitants qui disent maintenant ressentir une volonté de les humilier.

Le Gouverneur de l’île, Abdou Salami, est neutralisé depuis dimanche, « sécurisé », selon les termes du ministre de l’Intérieur, dans sa propre résidence. Il reste maintenant à savoir si c’est la nouvelle constitution qui sera appliquée pour le remplacer. Et dans ce cas, c’est son Secrétaire général, Mohamed Soilihy, récemment nommé qui prendra ses fonctions. Mais, si ce même Secrétaire général, mutsamudien et membre du parti Juwa, parti visé par le gouvernement de l’Union depuis plusieurs mois (le président d’honneur, le Secrétaire général, le Coordinateur à Anjouan et de nombreux cadres sont en prison) est également mis en cause dans les événements de la semaine dernière dans le chef-lieu d’Anjouan, cela ouvrira le chemin à l’option que le gouvernement envisage depuis plusieurs semaines : la nomination d’un administrateur de l’île en attendant l’élection d’un gouverneur l’année prochaine.

Ce qui est certain c’est que la rébellion d’une dizaine d’hommes armés leur a permis de tester les réactions de l’armée. Les erreurs du gouvernement risquent de pousser les différentes factions de l’île à se regrouper sous la bannière dangereuse des intérêts de l’île, mis en danger selon eux par le report du « tour » d’Anjouan initialement prévue en 2021.

MIB