Université, du déjà vu

La parole présidentielle suffit pour prolonger l’intérim de l’équipe d’Abdullah Ben Said, à la tête de l’université des Comores. Investi jusqu’en janvier, le Comité Intérimaire de Gestion bénéficie d’une nouvelle échéance, juin, pour réorganiser l’université des Comores et des élections présidentielles. C’est ce que préconise le rapport du nouveau plan d’action. Même si, le dernier rapport présenté au chef de l’Etat révèle deux objectifs atteints sur les sept fixés. Ce scénario ressemble un peu trop à l’intérim assuré par l’ancien secrétaire général, Nassurdine Ali Mhoumadi.

Quatre mois est le temps imparti dévolu au Comité Intérimaire de Gestion pour restructurer l’Université des Comores. Une institution qui a connu pratiquement un an de crise depuis la démission de son dernier Président élu Said Bourhan.

Quatre mois pour tout redresser, repeindre, réglementer. Quatre mois que l’équipe d’Abdullah devrait travailler d’arrache pied pour accomplir sa mission de redressement. C’est entre l’organisation de la rentrée universitaire, mener un audit financier après la gestion « catastrophique » de l’ancien Secrétaire Général, Nassurdine Ali Mhoumadi, finir la révision des textes réglementaires initiés par ce dernier, et plus particulièrement résoudre la question épineuse de l’organisation de l’élection présidentielle, qui est à l’origine de ce bouleversement. Autrement, au bout de ces 120 jours l’Université des Comores devrait disposer enfin de son nouveau président élu. Le comble, le temple du savoir qui a du mal avec le respect de ses textes reglementaires.

« Difficile mais pas impossible »

Tel est le leitmotiv des membres du Comité de Gestion et du Ministre de l’Education Nationale et l’Enseignement Supérieur, Mahamoud Salim. Ils sont tous d’accord pour relever le défi.

Le délai n’est pas passé inaperçu pour la presse. Elle est unanime pour constater que ce laps de temps est court, compte tenu de la charge du travail à accomplir. La réponse des membres du comité est claire, « certes oui, difficile mais pas impossible ». La même assurance affichée à l’installation de ce comité à l’administration centrale.

Dans le protocole d’accord tripartite entre la Présidence, le Ministre de l’Education Nationale et de l’enseignement supérieur et le Syndicat, il était convenu qu’à chaque mois le comité présente son rapport au président de l’Union Azali Assoumani pour qu’il puisse suivre l’état des travaux.

Le syndicat des enseignants supérieurs a organisé une conférence de presse à la faculté des sciences et techniques pour « faire le constat de l’avancée des travaux par le CIG ». Soit sept actions assignées et seulement deux accomplies. Cependant, la conférence était aussi l’occasion de porter leur soutien à l’équipe d’Abdullah Ben Said, dont le chef de cabinet n’est autre que l’ancien Secrétaire Général du sneuc, Hassan Youssouf.

Le rapport final

Le comité intérimaire de gestion a soumis son rapport final de ses quatre mois de gestion de l’udc, lundi 14 janvier à la présidence.

Le contexte du rapport accuse en effet le ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, d’avoir pris du retard pour signer l’arrêté d’application permettant au CIG de commencer ses travaux. Un retard « qui a entrainé un mini blocage, lequel a fait perdre du temps le président du comité ». Pourtant, est mentionné dans le rapport que ce retard « n’a pas empêché aux membres du comité de mener à bien leurs différentes missions ».

Le document fait état des actions réalisées par le comité et celles qui sont en cours. En premier lieu, la rentrée universitaire. Entre l’organisation des concours d’entrée, les inscriptions, il y’a la « réduction des fraudes dans les masters notamment en droit ». Néanmoins, aucune donnée n’a été fournie. Difficile, ainsi, de constater le progrès réalisé en si peu de temps. Il faut juste croire. Pourtant, il y a un employé de l’administration suspendu pour remplissage frauduleux de notes. Dans le même élan des réalisations, entre l’affectation du personnel, il est inscrit la réhabilitation de la bibliothèque du site de Mvuni et la sonorisation des grandes salles. Cette dernière était en effet organisée par les étudiants, (voir Masiwa du 01-11-2018).

Le deuxième problème résolu est la question épineuse du budget de l’Université des Comores. Depuis 2017, l’institution fonctionne en aveugle. Aucun budget n’a été validé. Pour cette année 2018-2019, il est évalué à plus de 2 milliards et attend la validation du conseil d’administration et le Ministère des finances.

Nombreux sont les actions ratées qui n’ont pas entré dans l’espace de quatre mois. Sont en attente l’audit administratif et financier, l’auto-évaluation institutionnelle, entre autres, et particulièrement la question épineuse de l’élection présidentielle. Rappelons que c’est cette dernière qui est à l’origine de la crise de l’institution pendant un an.

Certaines anomalies financière ont été révélées dans ce document final. Et parmi elles, le budget de 4 millions 400 qui devait servir à indemniser les concepteurs de sujets et les différents jurys. « Les fonds n’ont pas été disponibles malgré le règlement des préinscriptions par les étudiants ». Par rapport à la gestion, Le document pointe du doigt, l’ancien secrétaire général. L’état de lieu fait par ce dernier « est bâclé ». En fin, pour la réorganisation de l’université, le calendrier établit, va jusqu’en juin 2018 date à laquelle l’université devrait élire son nouveau président.

Le paradoxe

Si le soutien du syndicat au comité gestion a paru surprenant, le plus étonnant est la réaction du président de l’Union. En effet Azali Assoumani a prolongé par « la parole » le mandat de l’équipe d’Abdullah. Pourtant, aucun décret n’a été signé. Selon une source proche du dossier, « aucun décret, ni date limite n’a été ni signé ni fixé ». La cause selon cette autorité, «le président ne signe rien depuis le 10 janvier ».

Si on revoit le calendrier fixé par le comité de gestion, on se rend compte que ce deuxième intérim prendra les 8 mois que l’ancien secrétaire général Nassurdine Ali Mhoumadi avait exercés en tant que président. Sans décret de renouvellement de leur mandat, sans texte réglementaire, sur quelle base légale Abdullah et son cabinet vont-t-ils gérer l’université des Comores ?

On se souvient tous des réactions du sneuc lorsque les 45 jours de l’intérim de Nassurdine a pris fin et sans pour autant s’arrêter. L’université des Comores va-t-elle vivre la même situation encore une fois ? Les nouvelles têtes du sneuc garderont leur soutien au directeur de cabinet d’Abdullah Hassan Youssouf ?

Par Hayatte Abdou