Quand Azali minimise l’assassinat de Khashoggi

Pour le président de l’Union des Comores, l’assassinat du journaliste Khashoggi dans le consulat du royaume saoudien à Istanbul, relève de la « cuisine interne » et l’agitation de l’opinion internationale n’est que de la « mauvaise foi ».

Mais quelle mouche a piqué le chef de l’Etat pour s’aventurer dans l’insoutenable? En pleine locution lors de la cérémonie d’inauguration de la RN1 (nouvellement réfectionnée) à Mitsamiouli, le chef de l’Etat s’est laissé aller dans des propos très difficiles à supporter, surtout s’agissant d’un crime abominable qu’il tentait de minimiser. Azali Assoumani parlait en effet, de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné et démembré dans le consulat du royaume saoudien à Istambul, début octobre.

Alors que le monde entier s’agite pour dénoncer ce crime qui serait commandité par le prince héritier d’Arabie Saoudite,  le président des Comores, Azali Assoumani, aura été le premier dirigeant à prendre une position jusqu’alors évitée par les soutiens du royaume qui ont préféré rester neutres. Après avoir gratifié le roi Salman ben Abdelaziz Al Saoud pour son appui financier en faveur des Comores, le chef de l’Etat s’est vite porté en défenseur de l’indéfendable, en présence de l’ambassadeur du royaume, qui doit porter officiellement le message de soutien à son pays.  

« Nous suivons de près ce que subit [le fils du roi] Mohamed Ben Salman, comment le monde est solidaire [contre lui]. Monsieur l’ambassadeur, dites leur d’être tranquilles, Dieu ne vous enlèvera pas vos droits. C’est une épreuve divine. En réalité, tous les jours il y a des centaines et des milliers de morts dans le monde entier, notamment en Palestine et pourtant personne ne dit mot. Mais pour une seule personne tuée, l’opinion internationale s’agite », regrette le chef de l’Etat, qui n’a pas hésité à fermer un hôpital et des écoles gérés par des iraniens. Une limite que n’a pas osé franchir son prédécesseur, qui a rompu les relations avec l’Iran, un pays à couteaux tirés avec l’Arabie Saoudite.  

Il poursuit sa messe noire : « C’est une épreuve divine non seulement pour l’Arabie Saoudite mais aussi pour nous, ses alliés, pour que nous sachions que nos ennemis sont vent debout contre nous et qu’en conséquence nous devrions nous parer  pour les affronter ». L’apothéose de ces propos, c’est quand il trouve que l’assassinat de Khashoggi par ses concitoyens n’est pas un problème et que ça ne regarde personne d’autre. « Un saoudien assassiné dans l’ambassade de l’Arabie Saoudite, où est le mal ? C’est de la cuisine interne. Que l’opinion internationale s’agite pour cette affaire, cela relève de la mauvaise foi, que nous devons dénoncer ».

Jamal Khashoggi était un journaliste saoudien extrêmement critique vis-à-vis du pouvoir de son pays natal en général et plus particulièrement au prince héritier Mohamed Ben Salman. Il est mort assassiné dans le consulat de l’Arabie Saoudite en Turquie, le 2 octobre. Un crime odieux qui a indigné l’opinion internationale. L’histoire retiendra que les Comores sont le premier pays à avoir minimisé cet assassinat, quand d’autres pays dépanadant financièrement du pétrodollar ont préféré rester neutres. « Que Dieu protège [les Saoudiens]. Nous sommes avec eux dans leur combat qui consiste à protéger la religion musulmane », aura conclu Azali Assoumani.

Par Toufé Maecha