« La médiation des différences pour un apaisement total »

 Les attentes de l’union africaine étaient diverses et contradictoires. Pouvoir supranational contre Etat souverain. Or, la réalité est tout autre. Assaf Mohamed Sahali,  diplômé de 3eme cycle Université de Panthéon Assas, ancien responsable de programmes de médiation en France revient sur les principes de la médiation, son rôle et son fonctionnement en s’appuyant sur la mission Lamamra.

Masiwa : Assaf Sahali Mohamed, en tant que médiateur, comment expliquez-vous le retour de Lamamra à Moroni ?

Assaf Mohamed Sahali : il faut savoir que l’Union Africaine a intégré dans son sein des mécanismes. Avant il y avait la prévention,  la gestion et le règlement de conflit remontant à la déclaration du Caire de 1993. Puis, maintenant il y a l’APSA (Architecture de Paix et de Sécurité de l’Afrique) adoptée à Durban. C’est un dispositif voté par les pays membres, dont les fonctions essentielles sont à deux niveaux : prévenir et résoudre les conflits par le biais de la médiation en réunissant toutes les conditions propices à la gestion et à la résolution des conflits.

Il fonctionne sur trois principes majeurs : la non ingérence dans les affaires internes des Etats membres,  puis une évolution vers le devoir de non indifférence, antinomique au premier et l’ingérence humanitaire, seulement dans des circonstances graves (Article 4 du Protocole).

En ce qui concerne le retour de Lamamra, l’UA ne s’est pas invitée. Après son départ « bredouille » selon Masiwa, il y a eu une demande du chef de l’Etat auprès du président de la Commission pour une mission aux Comores afin de renouer le dialogue.

Masiwa : Peut-on dire que la première mission relevait de la non indifférence et que cette fois-ci c’est de la médiation ?

AMS : En effet, on est vraiment dans le règlement de différend. Ce n’est pas de la médiation d’urgence. Ce retour fait suite à une demande formulée par une partie. Il faut savoir que le CPS (Conseil de paix et de sécurité) a des principes. Le règlement pacifique des différends, le respect de l’Etat de droit, et les droits de l’homme. Il y a l’interdépendance entre paix, sécurité et développement  et le droit d’ingérence.

Masiwa : Pourquoi ce choix de la médiation ?

AMS : D’abord, il y a une demande d’une partie, puis en systématisant l’expérience en Afrique, la médiation est très privilégiée, contrairement aux négociations diplomatiques ou à la réconciliation internationale. Ça répond quelque part aussi à une réalité sociologique africaine et comorienne. L’Afrique aime bien le palabre et le débat. Surtout nous sommes en terre d’Islam aussi. Raison pour laquelle l’UA n’a pas eu du mal à mobiliser ses ressources.

Masiwa : Le choix du médiateur ?

AMS : Osons le dire que Monsieur Lamamra est une grande figure de l’institution. Non seulement il a été Ministre des affaires étrangères d’Algérie, mais il est membre aussi du Haut comité Consultatif de l’ONU, en charge de la médiation internationale.

C’est un médiateur indépendant, parce qu’il ne se soumet à aucune des parties une autonomie de conduite dans le processus et ne s’identifie pas au gouvernement. Il ne reçoit pas de recommandation directe de sa hiérarchie. Il est impartial, ne juge et  n’évalue personne. Autant de garanties pour la réussite de la mission. Il n’est pas investi par un pouvoir quelconque. Son pouvoir n’est autre que ce qui lui est reconnu par les deux parties ; à savoir, garantir la sécurité des échanges, et non pas les imposer.

Il respecte la confidentialité un principe majeur de l’APSA. On peut regretter que cette confidentialité n’ait pas été inscrite au début. Car ça évite que le débat ait lieu en dehors et peut provoquer des escalades suite à des incompréhensions.

Masiwa : De quelle médiation s’agit-il dans le cas d’espèce ?

AMS : C’est la spécificité des Comores. La médiation des différends. Dans un conflit ouvert, soit on tend vers la prévention ou la résolution.  L’existence de la médiation n’est pas conditionnée à un conflit. Il y a la médiation des différences quand il y a un délitement des liens ou qu’on veut les rénover. C’était l’intérêt de la mission ici, la médiation des différences afin de parvenir à un apaisement total. 

Masiwa : C’est quoi le plus de la médiation pour un pays ?

AM S: La médiation a des avantages dans un pays sans conflit au sens militaire du terme. Comme rechercher des solutions durables et consensuelles, le libre consentement. Par exemple, le gouvernement a fait la demande et l’autre partie ; l’opposition et la société civile ont répondu positivement, sans pression aucune.

Masiwa : Quels sont les fondements de cette intervention ?

AMS : Le premier étant d’établir le dialogue, la communication entre les parties, un prolongement de la démocratie. A la recherche d’un bien commun, qui demande un engagement, une démarche volontaire.

Masiwa : Quel est le rôle de Lamamra dans la recherche de solution ?

AMS : Lamamra a choisi comme posture le rétablissement du dialogue, d’être à l’écoute. Après les apartés, il a organisé la séquence de la plénière où les parties viennent échanger. Il est vraiment catalyseur. L’autre posture est celle d’accoucheur. Il peut venir avec des propositions non pas pour les impose mais les faire admettre à  des parties qui sont responsables des choix faits.

Propos recueillis par BIM