Ça doit se savoir

Difficile de croire, que la conjoncture politique soit si intimidante, jusqu’à condamner au silence quasi tout, même ceux qui ont fait le serment de guérir et de protéger les citoyens : les médecins.

Et pourtant, la situation que Masiwa a vécue hier lundi 3 décembre est incroyable mais, vraie. Quoi de plus normal, que d’aider les lecteurs de votre quotidien à mieux comprendre l’actualité, faire un peu de pédagogie. Dans le but d’informer autrement, j’ai été  partie en quête de médecins spécialistes ; cardiologue, maladie interne, neurologue. Objectif, expliquer ce qu’est un «malaise vagal», les causes, les symptômes, la prévention et surtout la prise en charge.

À la grande surprise, 7 professionnels sur 7 contactés, aucun n’a souhaité s’entretenir avec moi sur le sujet, pour cause de «contexte difficile». Certains plus subtils que d’autres m’ont donné rendez-vous dans «trois mois». Et d’autres d’expliquer «essayez de comprendre madame, personne n’osera s’entraîner là-dedans, sinon on dira que vous êtes contre le pouvoir». Et un autre encore d’enchaîner, «personne ne prendra le risque de vous dire quoi que ce soit, vue la conjoncture actuelle».

C’est triste, malgré le sentiment du devoir, l’envie d’informer sur un phénomène qui n’est pas inédit. Mais la psychose est telle que le «serment d’Hippocrate» est balayé et mis  aux oubliettes.

Peut-être que beaucoup de personnes souffrent de ce problème. D’accord, Beit-Salam a donné le là. Certes, c’est dans ce contexte, le malaise du président de la république, le communiqué du palais, le qualifiant de «malaise vagal». Mais c’est une question de santé avant tout. Qu’en-est-il de la population? N’a-t-elle pas le droit de savoir? D’être prévenue? Est-ce que l’état de santé du chef de l’Etat relèverait-il du domaine privé…?

C’est un manque d’objectivité de nos médecins, peut-être que d’autres personnes aimeraient bien savoir, se faire prévenir, et guérir. Mais apparemment, cela ne fait pas partie des plans de ceux qui ont juré de prodiguer des soins. La peur l’emporte sur toutes les autres considérations.

Est-ce qu’informer la population sur ce mal, veut dire qu’on est pour ou contre le pouvoir? Oui je sais, je ne vais pas vous parler de liberté d’expression. Non, sinon, je risque d’entendre des réponses comme «vous avez vu le sort réservé à ceux qui ont voulu parler ». Mais eux aux moins ont essayé. Cet argument n’est pas valable. Que je sache, je n’ai pas demandé un diagnostic sur le cas d’impatient que seul son médecin personnel est habilité à se prononcer. J’ai juste demandé des informations médicales sur une notion médicale.

J’étais bien placée quand le chef de l’Etat s’est affalé. En écrivant ces mots, j’en tremble encore. Pourtant trois jours sont passés déjà. Mais je n’arrive pas à m’enlever cette voix du président qui ralentit. Je n’arrive pas à m’enlever ces images, le regardant tomber, s’aplatir avec le pupitre. J’étais tétanisée, avec des sueurs froides, tellement j’ai eu peur. J’ai décidé d’en savoir plus. N’est-il pas normal ? Quel genre de journaliste suis-je, si je n’essaie pas d’informer sur un malaise qui a frappé le président de la république devant le monde entier?!

Je suis révoltée par l’attitude de ces médecins. Je suis désolée pour vous, que la politique vous empêche d’aider la population comorienne à mieux comprendre. Demain, la même chose peut se reproduire à nos proches, voisins et concitoyens, on ne saura pas mieux réagir. Parce que ceux qui savent préfèrent se taire.

Le comble, cette attitude défiant la logique n’est pas propre aux médecins. Elle est devenue une seconde nature.

Par Hayatte Abdou